Discours d' Hervé Morin - Ministre de la Défense

Type du document : Discours
Date de publication : 27/06/2010
Lieu : Mémorial d'Indochine

Allocution de Monsieur Hervé MORIN, Ministre de la Défense àl’occasion de la cérémonie d’inauguration du mémorial départemental d’Indochine
Agen – 27 juin 2010
 

Monsieur le Préfet,
Monsieur le Député-maire,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mon général/colonel,
Mesdames, Messieurs les responsables d’associations,
Messieurs les officiers, sous-officiers et militaires du rang,
Mesdames, Messieurs,

Il y a plus de 50 ans, le 9 mars 1945, le massacre des garnisons françaises par les Japonais marquait le début de la première guerre d’Indochine.

Dans ce conflit de 9 ans auquel le corps expéditionnaire français paya un lourd tribut, 113 soldats lot et garonnais ont trouvé la mort.

Ils étaient légionnaires, marsouins, fantassins ou mécaniciens, / pilotes de chasse, tirailleurs ou parachutistes. Ils s’étaient engagés avec l’enthousiasme de leur jeunesse, au lendemain de la Libération, au sortir d’une guerre cruelle et meurtrière. Ils s’étaient engagés pour l’amour de la patrie et l’honneur de la France. Un à un, ils avaient franchi les mers et les océans pour gagner l’Indochine. 

Là-bas, avec leurs frères d’armes venus de la métropole, mais aussi du Maghreb et d’Afrique, ils avaient découvert un continent inconnu, un Orient extrême. Ils s’étaient heurtés à une végétation sauvage, dense, presque impénétrable. Ils avaient connu la chaleur étouffante et les pluies diluviennes. Ils avaient éprouvé la souffrance, la peur et la haine.

Là-bas, ils avaient combattu avec bravoure un ennemi insaisissable, harcelant les rebelles, usant l’adversaire, multipliant les faits d’armes. Ils avaient combattu ensemble, unis dans une même fraternité d’armes, cette solidarité unique qui n’est jamais aussi forte que lorsqu’on se retrouve au feu. Ils avaient combattu avec générosité, soutenant les blessés, n’hésitant pas à sauter au cœur de l’enfer pour sauver leurs camarades, à l’image des convoyeuses de l’air ou des paras du général BIGEARD, cette grande figure de l’armée française qui vient de s’éteindre. Ils avaient combattu farouchement, sans jamais se rendre, sans jamais baisser la garde.

Là-bas, à des milliers de kilomètres de leur patrie, de leur famille et de cette terre lot et garonnaise où ils étaient nés, dans cette guerre lointaine et ignorée des Français, ils sont tombés.

-  Ils sont tombés les armes à la main, dans la boue des rizières, sur les pistes des hauts-plateaux, sur les rives de la Nam Youm, au milieu des collines de Dien Bien Phu.

-  Ils sont tombés au champ d’honneur, dans la fureur des combats, dans la surprise d’une embuscade ou dans l’enfer des camps retranchés.

-  Ils sont tombés à court d’eau, de vivres et de munitions, face à un ennemi à la supériorité numérique de plus en plus écrasante.

-  Ils sont tombés au cœur de la jungle, vaincus par l’épuisement, sur les pistes de la mort lente ou dans les camps de prisonniers viet-minh.

A travers ce mémorial et cette cérémonie, nous voulons leur dire et nous voulons dire à leurs familles qu’ils ne sont pas les sacrifiés de l’histoire. Nous voulons leur dire que nous ne les oublierons jamais.

Jean LAURENT, vous commandiez une compagnie lors du siège de Lang-Son. Grièvement blessé à l’épaule droite, vous vous battiez avec un courage exceptionnel. Dans une garnison presque totalement investie par les Japonais, votre compagnie fut la dernière à déposer les armes, sur ordre du commandement français. Vous serez exécuté quelques mois plus tard. Nous ne vous oublierons pas.

René SOREIL, vous avez trouvé la mort en Chine du Sud, au milieu de vos compagnons de la colonne ALESSANDRI, au terme d’une longue marche du désespoir, de combats incessants et de terribles souffrances. Nous ne vous oublierons pas.

Marcel COSTE, vous étiez pilote de chasse au sein de l’escadron 2/3 Champagne. Vous vous êtes écrasé au retour d’une mission, après avoir sauvé la vie de votre équipier, tombé dans les lignes rebelles. Vous deviez effectuer 120 missions en Indochine. Vous en aviez déjà 200 à votre actif. Depuis un mois, vous auriez dû être rentré en France. Nous ne vous oublierons pas.

Avec tous vos frères d’armes que je ne peux citer ce matin, héros anonymes et silencieux, vous êtes allés au bout de votre mission. Avec vos camarades indochinois, Français par le cœur et par le sang versé, vous avez payé de votre vie votre engagement au service de la France. Combattants magnifiques, vous avez rejoint dans la gloire ces de LATTRE, LECLERC, CHEVALLIER, GAUCHER et BRUNBROUCK, qui ont fait de la tragédie indochinoise une épopée.

Aujourd’hui, grâce au Docteur AULONG, grâce à la ténacité dont il a fait preuve pour que soient reconnus « tous ceux qu’il n’avait pu sauver », vos noms sont désormais réunis dans un même hommage. Aujourd’hui, avec vos familles, nous nous inclinons devant votre mémoire, avec reconnaissance et avec fierté.

Car chacun de vos sacrifices est une page du drame indochinois que vous avez écrite avec votre sang. Chacun de vos sacrifices s’inscrit dans ce chapitre tragique de l’histoire de notre pays. Ce chapitre douloureux, nous devons le lire avec bienveillance, lucidité et respect.

A travers votre engagement au service de la France, votre sens de l’honneur et du dépassement de soi, puissiez-vous servir d’exemple pour tous les jeunes de notre pays. A l’heure où nos soldats sont tous appelés au cours de leur carrière à être déployés sur des théâtres lointains, puisse votre souvenir éclairer leurs pas.


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Agen Coeur Battant