J.Dionis - Vernissage «Arts et Traditions d'Afrique»

Type du document : Discours
Date de publication : 07/05/2010
Lieu : Eglise des Jacobins

L’année agenaise 2010, particulièrement culturelle, vibre a rythme du BAM : black africa mix.

Un fil conducteur, depuis le début de cette année, nous amène à découvrir les richesses culturelles de l’Afrique Noire et mobilise plusieurs acteurs de la ville : culturels, économiques, touristiques, pédagogiques et se décline en de multiples animations ou ateliers de pratique artistique dont le point d’orgue de ce foisonnement d’initiatives est la manifestation qui nous rassemble ce soir. Celle autour de laquelle, nous avons bâti, et je pense surtout au travail acharné de notre adjointe à la culture Nadège LAUZANA et de ses équipes, cette année BAM.

Je suis très heureux d'inaugurer aujourd'hui, avec vous, l'exposition d'art africain dans cette magnifique Eglise des Jacobins.

Cette exposition sera, j'en suis sûr, pour vous qui la visiterez dans quelques minutes, la source d'un profond plaisir esthétique et en même temps une leçon d'humanité, une initiation aux cultures si riches et variées de ce grand continent qu’est l'Afrique, berceau de l'humanité.

L'art de cet immense continent qu'est l'Afrique Noire est extrêmement riche et il n'a pas encore été possible d'en reconstituer l'histoire complète. L'ensemble des arts traditionnels africains est encore mal connu, non seulement à cause de sa très grande diversité mais aussi en raison de son caractère initiatique.

Au moment du cinquantenaire des indépendances africaines, mais aussi parce que nous sommes nous lot-et-garonnais une terre de nombreux métissages, il fallait qu'Agen participe aussi à cette reconnaissance du génie des peuples et des civilisations d'Afrique, peuples auxquels l'histoire a hélas souvent fait violence.

Comme nous y invite Michel Serres, grand philosophe si cher à notre cœur d'Agenais, il faut refuser cette prétention, aujourd'hui en grande partie passée, déraisonnable et inacceptable de l'Occident à porter seul le destin de l'humanité et à se croire le sommet de l'évolution humaine.

Il n’existe pas de hiérarchie entre les arts, comme il n’en existe pas entre les peuples. Pour paraphraser Claude Lévi-Strauss, notre grand ethnologue décédé en novembre dernier, ce qui demeure sacré, c’est l’idée que les cultures ont la même force et la même dignité parce qu’on trouve en chacune, aussi éloignées soient-elles, des éléments poétiques, musicaux, mythiques qui sont communs.

La rencontre de l’autre, de celui qui est si différent est la plus grande des chances… un trésor inespéré. Cette confrontation à la culture africaine a d'ailleurs profondément marqué, influencé et enrichi l'art occidental en particulier la peinture, au début du XXe siècle.

La découverte de « l’art nègre », selon l'expression de l'époque, par les écrivains et les artistes d’avant-garde, tels Matisse, Vlaminck, Derain, Picasso, Braque ou Gris,  est l’une des sources fondatrices de ces avant-gardes. 

Ces artistes se reconnaissent dans l’expression artistique africaine qui, n’imitant pas la réalité, correspondait tout à fait à leur refus des canons esthétiques en vigueur.

Qui ne connaît l'influence de « l'art nègre », dans le si célèbre tableau de Picasso de 1907, Les Demoiselles d'Avignon qui annonce le cubisme ? N’est-ce pas Apollinaire qui, en 1912 qualifie de « perle » une sculpture du Bénin, vue au Musée du Trocadéro à Paris ? Il écrit « l’artiste nègre était évidemment un créateur » ; le poète est l’un des premiers à manifester du respect pour l’individu créateur perçu jusqu’alors comme un anonyme collectif !

De même, les « arts premiers », océanien ou africain, ont eu une grande influence sur le fauvisme, autre courant artistique important dont le chef de file fut Matisse. Matisse qui possédait plus d’une centaine de statuettes et masques africains !

Or si cette occasion d'enrichissement par la rencontre de l'Autre, nous est à nouveau offerte, il faut en rendre hommage à la grande générosité de Catherine et Patrick Sargos qui, depuis plus de trente ans, ont entrepris de réunir des objets africains et nous offrent pendant plus de 6 mois, le plaisir de les partager.

Je leur renouvelle mes remerciements et la reconnaissance de la Ville d'Agen.

Je dois aussi remercier toute l'équipe du Musée, qui a fait preuve de grandes compétences, d'initiatives, de disponibilité pour la conception et le montage de cette si belle exposition, dont la superbe présentation muséographique réunit approche esthétique et approche ethnographique.

Je pourrai, pour conclure, reprendre le souhait de Jacques Chirac lorsqu'il a inauguré le Musée du quai Branly en juin 2006, de "promouvoir, auprès du public le plus large, un autre regard, plus ouvert et plus respectueux, en dissipant les brumes de l'ignorance, de la condescendance…"

La diversité des cultures, ces "fleurs fragiles de la différence" évoquées encore par Claude LEVI-STRAUSS est un trésor que nous devons plus que jamais préserver.

De leur rencontre, de leur dialogue, de leur compréhension mutuelle, surgit l'universel qui nous rassemble et qui porte un message de paix, de tolérance. Non l’universel standardisé, inodore et incolore, mais cet universel multiple et divers que nous devons à tout prix soutenir et qui lui seul est le remède contre les retours sur soi identitaires.

Puisse la Ville d'Agen par cette exposition et grâce au BAM, Black Africa Mix, contribuer à la diffusion de ce message.

Enfin cette exposition, d’envergure nationale, place aussi notre ville pendant cette saison estivale 2010 dans le Top 14 des plus belles expos à découvrir sur notre territoire national.

La date de son vernissage ne pouvait être plus idéalement placée au moment où Agen retrouve son standing sportif, cette expo situe aussi les ambitions de notre politique culturelle qui doit rayonner bien au-delà des limites de notre bassin de vie.


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Agen Coeur Battant