« 50 choses extraordinaires »

Type du document : Discours
Date de publication : 23/10/2009
Lieu : Musée des Beaux-arts d'Agen

Discours prononcé par Jean Dionis lors du vernissage de l'exposition exposition "50 choses extraordinaires" au musée des Beaux-arts d'Agen.

Les collections privées en France sont plus nombreuses qu'on pourrait le penser mais les amateurs restent souvent très discrets. Heureusement, quelques-uns aiment faire partager leur passion et n'hésitent pas à montrer leurs chefs-d'œuvre pour le plus grand plaisir de tous. C'est le cas de notre collectionneur aquitain (qui a souhaité conserver l'anonymat) et que je tiens à remercier très sincèrement d'avoir eu la générosité de se séparer pendant quelques mois de ses trésors.

Trésors qu'il a su - depuis plus de trente ans – avec science et conscience, découvrir, au besoin restaurer, les faisant souvent sortir de l'anonymat.

Je voudrais souligner combien il est intéressant d'accueillir temporairement ces œuvres d'art ancien dans notre musée qui seront confrontées aux collections permanentes. Depuis sa création en 1876, le musée d'Agen s'est enrichi essentiellement grâce à des collections particulières. Le musée est ainsi intimement lié à l'histoire, à la passion et à la générosité de collectionneurs ; songeons au comte Chaudordy qui nous légua les magnifiques Goya, au Docteur Brocq pour ses peintures post-impressionnistes, au Docteur Esquirol pour le très bel ensemble de peintures du XVe au XIXe siècle ; pensons également à Camille Aboussouan, plus proche de nous, et à sa donation d'archéologie orientale.

(Cher collectionneur, ne voyez surtout pas dans ces commentaires une invitation à donation !)

Cette collection que nous avons le plaisir d'accueillir est passionnante à plus d'un titre, parce qu'elle est atypique et qu'elle reflète le goût et la personnalité de celui qui l'a constituée.

Pourquoi ce titre "50 choses extraordinaires" ? Nous avons voulu montrer les choix d'un collectionneur qui refuse les préjugés, qui a le goût de la réhabilitation et de la découverte. Vous ne trouverez pas ici une collection traditionnelle : il n'y a pas de sièges Louis XV en bois doré, pas d'argenterie ou de services de porcelaine de Sèvres, pas de noms comme Renoir ou van Gogh, ni non plus d'artistes à la mode qui font la une du marché de l'art.

Mais vous verrez des grands maîtres oubliés et que l'on redécouvre aujourd'hui, des œuvres inattendues par leurs formats, leurs sujets (parfois étranges ou comiques) ou leurs histoires, des histoires de fées, de sorcières ou d'animaux qui rient. Connaissez-vous beaucoup de collectionneurs qui exposent à côté de rares œuvres flamandes ou italiennes du XVIIe siècle des œuvres de Benjamin Rabier, ce merveilleux dessinateur qui a enchanté notre enfance avec son canard Gédéon ? Ou encore ces œuvres pleines d'humour, comme ces caricatures sculptées, par exemple celle d'un Litz chevelu à son piano.

On admirera aussi de délicates petites peintures néoclassiques du début du 19e siècle, ces merveilleuses sculptures symbolistes de femmes aux yeux clos qui renvoient aux rêves intérieurs ou encore la douceur du regard de ce magnifique portrait d'une élégante de Hawkins qui illustre les affiches de cette exposition.

C'est assurément une collection qui fait rêver, par le plaisir qu'elle nous procure, par les histoires qu'elle raconte, par la qualité des œuvres, petites ou grandes, qu'elle nous donne à voir.

Une collection qui dit aussi en filigrane les heures passées à chercher fébrilement en salle des ventes, dans les arrières-boutiques des brocanteurs ou sur les Puces, puis à trouver l'œuvre qui vous parle et qui vous plait.  Une collection qui évoque aussi le travail passionnant d'authentification, d'attribution et parfois la réalisation du rêve de tout collectionneur : mettre un nom sur une œuvre anonyme. C'est ainsi le cas de la superbe nature morte italienne que vous avez achetée comme anonyme et que vous avez eu la joie de "baptiser" comme étant de Munari, l'un des très grands peintres italiens de natures mortes de la fin du XVIIe siècle.

C'est ainsi que nous avons sous les yeux une collection unique, hors mode, anti-conformiste, qui exprime la personnalité de notre prêteur dans une sorte de journal intime où se côtoient comme dans les pièces de Shakespeare, le comique et le tragique. Il n'est sans doute pas facile de livrer son intimité aux regards de personnes que l'on ne connaît pas et que l'on ne connaitra sans doute jamais.

Je voudrais vous remercier très chaleureusement de nous avoir ouvert les portes de votre musée imaginaire.


< retour
 
Agen Coeur Battant