Cité bimillénaire, les origines d’Agen remontent vers 400 avant J.C., date à laquelle les Nitiobriges s’installent sur le coteau de l’Ermitage ...
Agen occupa d’abord un site exceptionnel : l’éperon qui domine la partie nord de la ville et auquel a été donné ensuite le nom de Plateau de l’Ermitage. Les Nitiobriges, ce peuple celte dont César fait mention, en firent leur ville principale. D’abord amis du peuple romain, ils enverront par la suite des renforts à Vercingétorix, participeront à la défense de Gergovie et feront partie de l’armée de secours pour Alésia.
Profitant de la longue période de paix qui suivit l’occupation romaine, les habitants désertèrent cet emplacement au profit de la ville basse qui s’était installée non loin du fleuve, près du confluent de la Masse, un de ses petits affluents. Un développement brutalement interrompu par les invasions barbares du Vème siècle, puis par l’arrivée des Normands.
Les habitants abandonnèrent alors la majeure partie de l’agglomération et édifièrent une petite enceinte autour du quartier de l’ancienne cathédrale (emplacement du marché couvert) et de l’actuel Hôtel de Ville.
La situation géographique d’Agen, d’abord ville carrefour devenue ville frontière, explique les vicissitudes de son histoire. Agen fut longtemps à la limite des possessions des rois de France et des rois d’Angleterre, et le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt fut à l’origine de ses malheurs pendant plus de 2 siècles.
De la fin du XIIème siècle à 1370, la cité changea onze fois de maître, appartenant tantôt aux Comtes de Toulouse, puis à Richard Coeur de Lion et à Simon de Montfort venu dans le midi à l’occasion de la guerre des Albigeois, tantôt aux rois d’Angleterre ou bien aux rois de France.
Cette période troublée fut suivie d’une renaissance d’ordre surtout intellectuelle due à l’arrivée à la tête du diocèse de plusieurs évêques italiens : pendant plus d’un siècle, de 1476 à 1586, se succédèrent sans interruption des prélats, dont plusieurs de l’illustre famille la Rovère, parents de Jules II, le célèbre pape de la Renaissance. Les prélats étaient accompagnés d’une suite de clercs, de juristes, de musiciens, d’artistes, de médecins parmi lesquels Jules César Scaliger qui devait donner à la cité un lustre particulier.
Malheureusement les guerres religieuses furent funestes pour cette brillante activité. Agen subit l’influence de sa cité voisine, Nérac, où Marguerite d’Angoulême, soeur de François 1er et épouse d’Henri d’Albret, reçut Melanchton, Calvin, Clément Marot. Rapidement la réforme compta des partisans dans la ville. Le tribunal de l’Inquisition s’y installa, condamna et fit brûler les hérétiques sur le Gravier, le long de la Garonne. En 1562 et 1569, les protestants à leur tour se rendirent maîtres de la ville d’où ils furent chassés à deux reprises par Monluc, lieutenant du roi en Guyenne et possesseur du château d’Estillac, à quelques lieues d’Agen.
Ces turbulences successives accompagnées de massacres et pillages ne cessèrent qu’à l’arrivée d’Henri IV sur le trône de France en 1594. La Fronde fut la dernière guerre civile qui troubla la vie Agenaise. La cité d’Agen s’était malgré tout développée, débordant une première puis une seconde enceinte qui englobait la collégiale St Caprais, devenue cathédrale. Au XVIIIème siècle, des avenues plantées d’arbres furent aménagées le long des remparts (aujourd’hui promenade du Gravier). En divers points s’édifièrent de beaux hôtels, témoins de la prospérité de la ville.
Avant d’être tournée vers le tertiaire, Agen fut une ville industrielle spécialisée dans le tissage de la toile à voile pour la marine royale, dans la fabrique de bure et d’étamine, le tannage du cuir et la ganterie.
Le blocus continental, puis la révolution industrielle du début du XIXème siècle portèrent un coup très dur à toutes ces activités. L’effort d’embellissement de la ville fut repris près d’un siècle plus tard lorsque le centre industriel Agen devint un centre agricole et commercial important.
Entre 1880 et 1895 furent percées deux larges artères se coupant à angle droit et traversant la ville de part en part. Elles devinrent le centre du commerce et de la vie locale, mais laissèrent subsister de vieux quartiers aux maisons à colombages et en encorbellement datant des XIVème, XVème et XVIème siècles.
La Garonne fut longtemps frontière entre la Guyenne sur la rive droite et la Gascogne sur la rive gauche. Navigable jusqu’à la fin de la 1ère guerre mondiale, elle était sillonnée de bateaux plats faisant escale dans le petit port dont il reste encore les quais et les cales.
L’aménagement du canal latéral fut la condamnation de ce trafic, mais valut à Agen un remarquable Pont canal construit de 1839 à 1843, porté par vingt trois arches et précédé d’un ensemble de quatre écluses. Bloquée vers l’Ouest et vers le Nord, la ville poussa ses tentacules en direction du Sud et de l’Est et, à partir de la fin du XIXème siècle, de nouveaux quartiers s’édifièrent formant aujourd’hui une agglomération unique avec les communes voisines.